Bijagos à la mouche |
Pêche à la mouche en Guinée Bissau
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Source Gobages.com : Bijagos : pêche à la mouche en Guinée Bissau |
Tout commence par un coup de fil à mon pote Herlé au mois de janvier , lors
duquel, comme d’hab il me parle de ses voyages et des nombreuses carangues,
tarpons et barracudas qu’il a capturés, et moi comme d’hab je bave…
A l’aéroport, il me présente les deux autres larrons qui vont nous accompagner, Roland le toubib et Jérémy le gérant d’un centre de pêche. Je constate très vite que l’on ne va pas s’ennuyer avec ces deux-là. Nous volons sur Air-Sénégal, la prestation est correcte.
Atterrissage à DAKAR / transit / puis décollage en petit coucou pour la capitale Bissau. Nous survolons les bolons puis atterrissons à Bissau.
Dès notre arrivée, nous sommes assez surpris de voir l’état de l’aéroport. Nous réglons les formalités d’arrivées tant bien que mal. Nous récupérons nos bagages et sommes accueillis par Célestin, l’un des employés de Laurent Durris. Mais à la sortie de l’aéroport , coup de théâtre, une quinzaine de personnes s’emparent de nos bagages et se les disputent. Nous les observons, dubitatifs, sans trop savoir si nous devons nous manifester ou non. En fait, ce sont des chauffeurs de taxi qui se disputent probablement leur seule course de la journée. Le ton est donné. Après de multiples palabres et quelques petits billets distribués, Célestin, aidé du seul et unique agent de sécurité de l’aéroport , récupère nos bagages. Nous embarquons, finalement, dans une magnifique 305 et les collègues dans une vieille Nissan.
Entre l’aéroport et l’hôtel, nous croisons un ancien char d’assaut couché dans un fossé, le canon vers le ciel . Quant au taxi, il s’arrête tous les 2km pour acheter un litre d’essence au marché noir en raison de la pénurie qui sévit dans le pays. Mais où sommes-nous donc tombés ??? Ceux qui n’étaient jamais allés en Afrique commençaient vraiment à être inquiets.
Après un bon resto et une bonne nuit dans le plus bel hôtel de Bissau (vous pouvez d’ailleurs y comptabiliser le nombre d’émeutes passées aux traces de verrous ayant sauté sur les portes ; rien que sept),nous nous faisons déposer au port de Bissau où nous prenons vraiment conscience de la misère qui règne dans le pays, c’est pauvreté et débrouille. Quant au port, c’est une espèce de jetée en béton où les pirogues accostent tant bien que mal. Les marins de Laurent nous y attendent.
Direction le Nord Ouest de l’archipel.
4 bonnes heures de navigation plus tard, nous arrivons à proximité de l’îlot de Kéré. La beauté des lieux nous surprend : sable fin, petits bâtiments intégrés au paysage, au milieu des baobabs et des filaos, le tout posé sur de la roche volcanique. Tout cela perdu dans l’immensité de l’océan atlantique.
Accueil présentation, rapide installation dans nos tentes et premier repas, nous savons qu’au niveau de l’hébergement et de la table nous serons déjà bien lotis.
Les premiers jours de pêche vont être difficiles ; nous pêchons au popper sur hameçons 3/0 avec des cannes en soie de 10 sur des spots bien connus comme le cimetière à Popper mais les beaux poissons ne sont pas là ; nous ne prendrons que quelques petites carpes rouges, quelques orphies mais toujours pas de vraie baston.
D’autant plus que la pénurie d’essence nous interdit d’aller chercher les grosses hyppos et les liches qui viennent chasser sur les bancs de sable situés à une demie journée de mer. DUR DUR.
C’est au matin du 3ème jour que Laurent vient me sortir de ma tente en m’expliquant que l’équipe d’Italien qui est là est en train de s’éclater sur un banc d’élops, je bondis hors de ma tente, me saisis de ma 9’ soie de 9 et cours les rejoindre. Les débuts ne sont pas évidents :quelques ratés et un poisson au sec. Les Italiens sont morts de rire, ils me précisent que visiblement nous, les Français, sommes moins bon pêcheurs que footballeurs et patati et patata. Nous prendrons tout de même un bon p’tit dej ensemble histoire de faire connaissance.
Forts de nos deux jours de vache maigre, nous commençons à adapter nos approches. Nous décidons maintenant de pêcher les chasses au streamer, notre guide les localise puis nous en rapproche au moteur. La technique est simple : il faut repérer les piafs qui tapent dans les chasses, anticiper la trajectoire du banc de fretin et intercepter les poissons.
Les premières chasses, celles des maquereaux bonites, seront aperçues en pleine eau. Ces poissons d’une cinquantaine de cm, plutôt combatifs sur nos soies de 8 ou 9 font des touches franches. Ils sont très rapides et sautent à un bon mètre cinquante au dessus de l’eau lorsqu’ils sont en chasse. Nous les rencontrerons très souvent pendant notre séjour et beaucoup auront raison de nos hard mono en 70/100 en raison de leurs dents acérées et extrêmement coupantes.
Ils étaient d’autant plus appréciés que quelques uns d’entre eux venaient agrémenter notre quotidien, préparés en carpaccio (l’approvisionnement en produits frais est très compliqué dans ces régions).
La pêche aux deceivers et clousers commence à bien payer et surtout nous redonne du courage. Par contre, toujours pas de carangues. C’est quand même pour elles que je suis venu.
Je demande donc à Béto de nous emmener sur des zones à carangues. Il me répond comme toujours « pas problème ». Direction les bancs de roche volcanique plus au sud, le courant y est plus soutenu et les vagues plus puissantes.
Herlé pêche les roches au popper et prend quelques petites carpes. Quant à moi, je monte un gros clouser chartreuse et blanc sur hameçon 3/0, je le lance à une vingtaine de mètres juste entre deux roches, le laisse descendre et dès qu’il atteint deux mètres de profondeur, je strippe rapidement. Soudain, une ombre grise monte du fond et se colle juste derrière ma mouche, c’est une carangue ! La première du séjour, elle est là à 3m du bateau, me fixe droit dans les yeux et fait un demi tour : direction le fond. Je suis vert, je regarde Herlé qui tente de dédramatiser « c’est pas grave il y en aura d’autres… » Mais moi j’ai les boules.
Vers 16h, nous décidons de rentrer sur Kéré pour pêcher le haut fond qui est situé juste devant le camp. Laurent nous avait confié que des prédateurs venaient chasser les bancs de yaboï dans le chenal pendant les deux dernières heures de montante et les deux premières de descendante. Les marées commencent enfin à nous être favorables.
Je vous avoue que ce soir-là nous nous sommes vraiment régalés, nous étions
tous les quatre alignés avec de l’eau jusqu’aux genoux, équipés de nos
soies de 8 et 9, toujours armés de nos clousers blancs 2/0, à prendre des
maquereaux bonites, des élops, des carangues sénégalaises. Nous ferrons des
poissons à tour de rôle au fil de l’avancée des bancs de poissons.
Les Italiens nous regardaient bouche bée car eux pêchaient quelques mètres
plus haut sans rien prendre. Vengeance !!! Ce coup du soir frénétique a
ensuite été arrosé comme il se doit à l’occasion d’un petit surfcasting
nocturne sur la plage.
Le whisky est bon, les blagues fusent, les touches s’enchaînent, à ce moment là je me dis que je n’ai plus envie de partir et que je finirais bien mes jours ici à vivre en hermite sur l’une des îles de l’archipel.
Le lendemain matin, le réveil est difficile, les idées sont floues, je prends quelques poissons du bord avec les Italiens pendant que les collègues terminent leur nuit.
Ce quatrième jour sera consacré aux tarpons, ils étaient très actifs dans le secteur à cette période. Les Italiens en avaient pris un de 70kg la veille et Jeremy avait pris son jumeau au vif. Il en a bien bavé, mais il était fier et il y avait de quoi. Nous tentons tous notre chance sur ces gros bébés qui venaient rouler juste devant le bateau, c’est vraiment impressionnant de voir ces monstres sortir à quelques mètres du bateau. Nous avons évidemment tenté d’en prendre un à la mouche, mais ils n’étaient guère attirés par nos plumeaux, ils préféraient un bon gros mulet bien gras. Mettez-vous à leur place.
J’ai eu le plaisir d’en prendre un de 90kg, et je vous avoue que c’est monstrueux surtout pour un baptême du feu! Les Italiens en font deux ce jour là et nous le font savoir…Bravo les gars.
Nous avons consacré les derniers jours à rechercher exclusivement les
carangues et les carpes rouges en faisant du rase cailloux dans les bancs de
roche avec les pirogues en alu.
Le montage est au point ; bas de ligne en 50/100 et shock tippet en 80/100 armé d’un Clouser 3/0.
Béto était maintenant lui aussi au point. Il présentait parfaitement la
pirogue en alu à bonne distance face aux chasses. Les clousers sont propulsés
en plein milieu du bouillon, la touche est immédiate et très brutale, les
doublés ne sont pas rares dans ces conditions.
Ces poissons ont la faculté de mettre les cannes au taquet c’est vraiment très impressionnant, il ne faut surtout pas les laisser foncer dans les roches sinon c’est la casse. Nos adversaires ne se rendent qu’après une longue série de rush entre le bateau et les roches ; une fois au bateau, elles tournent plusieurs fois autour, histoire de bien vous faire comprendre que ce n’est pas encore fini. Même hors de l’eau, elles émettent une sorte de grognement comme pour manifester leur mécontentement. Outre leur sale caractère, elles ont une robe magnifique avec leurs nageoires jaunes et leurs zébrures sur le dos.
La technique paie, nous prenons nos premières carangues hyppos, elles sont
de taille moyenne pour la région, un vrai régal sur soie de neuf.
Les carpes rouges ne sont pas en reste; ce sont des poissons magnifiques dont
la livrée peut aller du blanc au rouge vif. Plus casanières que les carangues,
nous les pêchons au milieu des bancs de roche cette fois ci en pêchant les
postes. Le guide dirige la pirogue à la perche. Les poissons surgissent des
roches, se saisissent de nos leurres et tentent de retourner dans leur trou.
Plus vous pêchez près du trou, plus vous avez de chances de prendre du
poisson. Ensuite, il faut brider au max pour sortir le poisson de la zone de
roche et je vous garantis que ce n’est pas une mince affaire. J’ai vu Jeremy
se faire mettre à genoux par un gros poisson qui avait décidé de retourner
dans sa caverne. Probablement un mérou ou une grosse carpe rouge.
A ce moment là une soie de 12 aurait été bien utile.
J’ai pris ma plus belle carpe rouge en lançant ma mouche au milieu d’une marmite de roches, juste pour voir, sanction immédiate ; le poisson est monté du fond pour se débarrasser de cet intrus, manque de bol pour lui, l’intrus était équipé d’un 2/0. Je vous avoue en avoir vraiment bavé pour la sortir de son trou. Le rapport entre la taille et la puissance de ces poissons est vraiment incroyable. Mais ma TOF 9’ soie de 9 est très vaillante, elle a parfaitement encaissé les assauts de la bête, le frein étant serré au max.
Nous avons piqué un bon nombre de poissons et en avons perdu quelques plus gros, des locomotives impossibles à stopper. Aux Bijagos, vous ne savez jamais ce qui va prendre votre mouche : c’est la surprise à chaque fois. Rien que du bonheur !
Laurent DURRIS est un passionné qui connaît par cœur l’archipel . Son
produit a également une vocation humanitaire, il a monté une école et un
dispensaire qu’il a mis à disposition des villageois. Il leur a également
offert une magnifique pirogue sénégalaise avec le matériel de pêche, afin
qu’ils puissent gagner quelques CFA en vendant le poisson.
Laurent, c’est le genre de garçon qui va recueillir un gamin de 13ans, le tirer de la misère pour en faire un marin et qui va donner ses fringues à son personnel.
Attention toutefois à être en bonne santé si vous partez en Guinée Bissau car vous êtes au fin fond de l’Afrique et là bas tout est démesuré même les maladies et les infections. Renseignez vous bien avant de partir, prévoyez des pinces et des gants pour manipuler les poissons. Pensez également a emporter avec vous des antibiotiques, un désinfectant pour soigner la moindre plaie…Le jeu en vaut la chandelle.
J’avoue avoir été séduit par ce séjour, il est vrai que la Guinée
Bissau n’est pas une destination spéciale mouche, mais il y a vraiment de
bonnes possibilités lorsque le poisson est présent.
Des prospections restent à faire sur Kéré quant à la pêche des baby tarpons. Les nombreux barracudas qui rodent autour de l’île le soir devraient pouvoir se prendre à l’aide de mouches lumineuses. A suivre…
J’espère, en tout cas, vous avoir fait partagé un peu du bonheur que m’a apporté ce séjour et éventuellement quelques pistes pour votre prochain voyage en Guinée Bissau.
Bye, SEB !
Et voici, rien que pour vous, quelques photos bonus !! Chasse de carangue en direct !